La Turquie doit-elle entrer dans l’Union ? Actuellement c'est Non.

 

Nous considérons la Turquie comme européenne. Cependant, nous ne considérons pas son adhésion souhaitable à court ou moyen terme, et ce à différents points de vue. En dépit de nombreux progrès, sur la peine de mort ou le respect des minorités par exemple, la situation des droits de l’homme n’est toujours pas satisfaisante (condition des homosexuels, poids des traditions dans certaines provinces…), ni celle des femmes. L’armée y est encore considérée comme la garante de la république, et le politique y est encore sous tutelle du militaire (malgré des avancées dues au régime de Mr. Erdogan, d’inspiration islamique). L’armée joue encore un poids trop important dans la société. A cela vient s’ajouter un fort nationalisme qui ne laisse guère imaginer pour l’instant que les Turcs laisseront un peu de place à l’émergence d’un sentiment européen profond.

A cela s’ajoutent des problèmes d’avantage technique : un problème démographique et un problème économique. La Turquie pèse aujourd’hui plus de 70 millions d’habitants (Allemagne 80, France 60) et sa démographie galopante laisse penser qu’en cas d’adhésion à l’UE, elle serait le pays le plus peuplé, devant l’Allemagne. La question doit alors se poser : l’Europe peut-elle voir son centre de gravité se déplacer sans perdre son âme ? Cette adhésion ne bousculerait-elle pas l’équilibre européen ? A cela s’ajoute un problème économique : après l’adhésion des 10 nouveaux pays d’Europe centrale et orientale, après l’adhésion de la Roumanie, de la Bulgarie et peut-être de la Croatie, l’Europe aura-t-elle les moyens de digérer un pays fortement peuplé et en large retard économique ? L’élargissement à l’Est et au Sud est en soi un pari sur l’avenir, un investissement énorme, aurons-nous les moyens d’accueillir à moyen terme un nouveau mastodonte ? Cette adhésion ne se ferait-elle pas mécaniquement au détriment d’autres politiques ou de certains approfondissements ?

Ensuite, viennent des problèmes davantage géopolitiques. Nous voulons une Europe davantage intégrée et solidaire ; en conséquence nous estimons qu’une Clause de Solidarité telle que prévue par la Constitution européenne est à court terme, nécessaire. Sommes-nous dès lors prêts à accueillir un pays qui connaît de telles tensions avec ses voisins ? Si nous sommes prêts à défendre le continent européen, sommes-nous cependant prêts à projeter nos hommes jusqu’en Iraq ou en Syrie ? La Turquie entretient ou a entretenu des relations difficiles avec la Syrie, la Géorgie, l’Arménie (état de guerre) ou l’Iran. Si la situation s’est arrangée, ne doit-on pas attendre un peu pour apprécier à sa juste valeur la paix avec la Grèce ou la Bulgarie ? La situation étant ce qu’elle est en Iraq, peut-on prendre le risque d’une guerre liée au problème kurde ? Est-il d’ailleurs souhaitable que l’Europe s’étende jusqu’au Kurdistan ? L’île européenne de Chypre n’est toujours pas réunifiée, les soldats turcs occupant toujours la partie nord. Peut-on accepter l’adhésion d’un pays en état de guerre avec l’un de nos membres ?

Et enfin, il y a la question arménienne. La Turquie se refuse toujours à reconnaître le génocide arménien dont s’était rendu coupable l’Empire Ottoman. Non seulement il n’y a aucun travail de mémoire, mais en plus les théories négationnistes se développent, allant même jusqu’à affirmer que ce sont les Turcs qui auraient été massacrés par les Arméniens. Rappelons que pourtant, un million à un million et demi d’Arméniens sont morts pendant la guerre, sur une population d’alors 2 millions. Il est pour nous impensable que la Turquie adhère à l’Union Européenne tant qu’elle n’aura pas entrepris son devoir de mémoire et fait un geste en direction de l’Arménie et des 4 à 5 millions d’Arméniens de la Diaspora.

 

 

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