La Turquie est-elle européenne ? Pour nous, Oui.
Pour analyser le caractère européen de la Turquie, il convient de la considérer sous divers aspects :
la géographie : le premier reproche est que « la Turquie n’est pas en Europe ». En effet, 95% de son territoire ne se situe pas sur ce que l’on considère comme étant l’Europe. Mais nous ne pensons pas que l’Europe se définisse simplement par un pourcentage de territoire, ni par les frontières arbitraires qui lui ont été fixées. En effet, qu’est-ce que le continent européen ? Rien de plus qu’un cap, qu’un Finisterre d’un continent bien plus vaste : l’Eurasie. Sa frontière occidentale est donc simplement l’océan atlantique, mais sa frontière orientale est plus que floue. Les Tsars russes, voulant insérer leur pays dans le concert des nations, demandèrent un jour que l’on définisse des « frontières » à l’Europe. Il fut choisi que ces frontières se poseraient sur le Bosphore, le Caucase et l’Oural, ce qui, miracle, faisait de la Russie un état pleinement européen. Les frontières géographiques orientales de l’Europe sont donc purement arbitraires, et le problème turc serait depuis longtemps résolu s’il ne s’agissait que d’une question de ligne de partage fixe. Qui plus est, aux origines l'Europe comptait des pays non européens (colonies françaises). Il faut donc aller plus loin.
l’Histoire : l’Histoire de la Turquie débute avec les invasions turques et l’Empire Ottoman. Les Turcs sont un peuple originaire d’Asie centrale, qui s’est installé en Asie mineure. Ils fondèrent un Empire qui allait s’étendre sur tout le Proche-Orient, l’Iraq, l’Afrique du Nord, mais aussi sur les Balkans. L’Empire Ottoman, s’il était un Empire oriental, était donc déjà tourné vers l’Europe. Sa Capitale, Istanbul l’ancienne Byzance, reflète d’ailleurs ce paradoxe puisque installée sur les deux rives du Bosphore. L’Empire Ottoman entra dans la seconde guerre mondiale auprès de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie.
Sa défaite entraîna sa disparition et le partage de son Empire entre la France et l’Angleterre. C’est à cette période que le général Mustafa Kemal, qui sera surnommé Atatürk, prend le pouvoir. Il fondera une nouvelle Turquie, résolument tournée vers l’Europe et la modernité. Il fait de l’ancien empire Ottoman une république laïque (davantage laïque que la France), donne le droit de vote aux Femmes, fonde sa capitale à Ankara, impose l’alphabet latin (et non plus arabe), adopte des codes civil, pénal et commercial inspirés des modèles suisse, italien et allemand respectivement. Qui plus est, il reconquiert des terres sur la Grèce, l’Arménie ou le Kurdistan. Après la seconde guerre mondiale, la Turquie adhèrera au Conseil de l’Europe, à l’OTAN, l’OCDE…
la religion et la culture : un reproche récurrent fait à la candidature turque, même s’il est rarement avoué, est sa religion. La population turque est à plus de 90% musulmane. La peur de voir déferler sur l’Europe les hordes ottomanes n’est jamais bien loin. La vision de l’Europe comme un club judéo-chrétien, comme le veulent l’UDF ou les Chrétiens démocrates allemands, est également à l’œuvre. Ces visions ne sont pas les nôtres. Tout d’abord parce que l’Islam turc n’a pas de visées expansionnistes. Cet Islam s’est habitué à la vie moderne et à une laïcité parfois encore plus sévère que notre laïcité française. Ensuite, nous ne pensons pas que l’Europe se définisse par rapport à la religion. Tout d’abord parce que les traditions religieuses sont extrêmement diverses en Europe : religions nationales d’un côté, laïcité de l’autre ; catholicisme, protestantisme, orthodoxie… s’il peut exister un socle commun judéo-chrétien, il ne nous semble pas que la pensée turque en soit si éloignée. Ensuite, les populations musulmanes sont dors et déjà nombreuses en Europe : communautés algériennes en France, pakistanaise en Angleterre ou turque en Allemagne. Qui plus est, certains états ou régions que tous considèrent comme européens comme l’Albanie, le Kosovo ou la Bosnie sont majoritairement musulmans. Personne n’imaginerait une Europe unie qui exclurait la Bosnie ou le Kosovo et intègrerait la Croatie, la Serbie… Pourquoi alors faire un pareil procès à la Turquie ?
Du point de vue culturel, la population se définit comme turque et non comme musulmane. Les appels à la prière se font en Turc et non en Arabe, comme cela se fait partout ailleurs. Suite aux réformes d’Atatürk, les Turcs ont fait le choix de la laïcité à la Française et de la modernité. Son alphabet n’est pas arabe mais latin, c'est-à-dire l’alphabet que nous utilisons en France. Atatürk avait également aboli la polygamie, le port du turban pour les hommes et du voile pour les femmes. La religion musulmane y est strictement cantonnée à la sphère privée, principe européen s’il en est. Plus récemment encore, la Turquie a également aboli la peine de mort.