L'action de l'Union européenne dans les Balkans
Slovénie ; croatie ; Bosnie-Herzégovine ; Serbie-Monténégro ; Macédoine ; Albanie ; Conclusion
Le XX ème siècle avait débuté avec les guerres balkaniques et l'attentat de Sarajevo qui déclencha la première guerre mondiale, il se termina également dans les Balkans avec la guerre en Yougoslavie et l'effondrement de l'Albanie. Le vent de liberté qui souffla sur l'Europe à la fin de la guerre froide, si il se passa calmement en Europe centrale et orientale, plongea les Balkans occidentaux dans le chaos.
Le gouvernement albanais s'effondra face à la révolte populaire, mais le plus grave survint en Yougoslavie. A l'image des républiques d'URSS, la Slovénie et la Croatie déclarèrent leur indépendance le 25 juin 1991, déclenchant une guerre meurtrière avec l'armée fédérale, c'est à dire serbe. Le conflit serbo-croate s'étendra par la suite à la Bosnie-Herzégovine, entraînant le génocide bosniaque.
Durant ce dur conflit, les européens restèrent divisés, l'Allemagne reconnaissant très tôt les nouveaux états. L'inaction de la communauté européenne face aux massacres à ses portes poussera l'UE à définir peu à peu une politique étrangère commune. Qu'en est-il aujourd'hui de la politique européenne envers l'Albanie et les 5 états de l'ex-Yougoslavie (Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Serbie-Monténégro, Macédoine) ?
La Slovénie fut la moins touchée par la guerre des 5 républiques. Petite par sa superficie et sa population, frontalière à l'Italie et à l'Autriche, la Slovénie se remit rapidement du conflit et déclara son intention d'adhérer à l'UE. Le statut de candidat lui fut attribué en 2000 et elle adhéra pleinement à l'UE en 2004. Sa monnaie nationale, le Tolar, est liée à l'Euro dans le cadre du mécanisme de change européen (MCE II) (lien wikipédia) depuis le 27 juin 2004. La Slovénie devrait adopter l'Euro en janvier 2007. Pour la Slovénie, le simple pouvoir d'attraction qu'exerce l'UE aura permis le rétablissement du pays et son arrimage à l'Europe.
La Croatie fut l'un des acteurs majeurs du conflit yougoslave, à ce titre certains de ses soldats se sont donc rendus coupables d'atrocités lors du conflit. L'UE fait donc pression sur la Croatie pour qu'elle livre ses criminels de guerre au Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY). Le 16 mars 2005, le Conseil européen a fait le choix de reporter l'ouverture des négociations d'adhésion avec la Croatie, en raison d'un manque de coopération du pays avec le TPIY. Le pays s'est lui aussi remis peu à peu du conflit yougoslave, retrouvant son rôle de destination touristique et reconstruisant depuis 1996 la moitié du parc immobilier détruit sans aide internationale. L'UE joue là aussi un rôle moteur dans le rétablissement et la pacification du pays (l'attraction qu'elle exerce oblige le pays à régler les tensions avec ses minorités serbes).
La Bosnie-Herzégovine fut le théâtre principal du conflit yougoslave, voyant s'opposer ses différents peuples, serbes, croates et bosniaques musulmans. L'ONU ayant échoué à stopper les atrocités, c'est l'OTAN qui s'interposa, les États-Unis élaborant l'accord de Dayton qui créera les institutions de l'état indépendant de Bosnie-Herzégovine. La situation se rétablit péniblement dans le pays, chaque élection étant l'occasion d'une poussée nationaliste. La force de police internationale de l'ONU en Bosnie a été remplacée fin 2002 par la Mission de police de l'Union européenne (MPUE), premier exemple pour l'Union européenne d'une telle force de police, ayant des missions de surveillance et d'entraînement. Il s'agit là d'un véritable baptême du feu pour l'UE qui exerce en Bosnie sa deuxième mission de maintien de la paix (après la Macédoine).
La Serbie-Monténégro, nouveau nom de la République Fédérale Yougoslave, est longtemps restée à l'écart de l'UE, dirigée par le dictateur Slobodan Milosevic. C'est le conflit au Kosovo (province de Serbie majoritairement peuplée d'Albanais) qui va marquer le retour de l'Europe dans la région, principalement à travers l'OTAN. Suite aux actes de l'armée serbe, l'OTAN bombarda le pays jusqu'au retrait de l'armée de la province. L'OTAN occupe depuis le Kosovo (4 des 5 secteurs étant détenus par des européens). Depuis, le régime de Milosevic est tombé, remplacé par un régime démocratique qui va transformer la RFY en Serbie-Monténégro qui semble se stabiliser et se rapprocher lentement de l'UE. Le Kosovo reste cependant un problème central dans la région. La province s'enlise dans le chômage massif, la contrebande et la criminalité, tiraillé par un peuple (majoritairement albanais) désirant l'indépendance ou le rattachement à l'Albanie et une communauté internationale préférant la stabilité, et donc un statut particulier au sein de la Serbie-Monténégéro. Si la Serbie demeure nationaliste et méfiante envers l'Europe, le Monténégro a quant à lui fait le choix inverse, s'éloignant peu à peu de la Serbie (en 2006, un référendum pourrait amener le Monténégro à l'Indépendance) et adoptant l'Euro comme monnaie nationale.
La Macédoine obtint son indépendance relativement paisiblement, mais, enclavée entre la Grèce, l'Albanie, la Serbie et la Bulgarie, elle ne se remet que difficilement de la chute du Communisme et de l'économie planifiée. Oubliée, elle revint sur la scène européenne en 1999 après la guerre au Kosovo. En effet, la Macédoine abrite une importante communauté albanaise et dut accueillir de nombreux réfugiés kosovars. Pour éviter une situation semblable à celle du Kosovo, l'OTAN s'interposa très tôt. Depuis le 31 mars 2003, c'est l'Union européenne qui mène la mission de maintien de la paix en Macédoine (Opération Concordia) Qui plus est, la Macédoine a annoncé en 2004 qu'elle serait candidate à l'UE, mais elle n'a toujours pas reçu d'avis favorable.
L'Albanie connaît une situation dramatique, l'effondrement de l'état en mars 1997 a entraîné une intervention internationale pour éviter le drame. Mais cela n'aura pas permis un redressement du pays qui est devenu avec le Kosovo l'une des plaques tournantes en Europe des trafics en tous genres et la source d'une forte émigration (la guerre au Kosovo n'arrangeant rien puisque le pays aura du accueillir des réfugiés kosovars). L'Albanie est le pays le plus pauvre d'Europe, avec un taux de chômage entre 17 et 30% en 2001 et 30% de sa population en dessous du seuil de pauvreté.
L'UE mène donc une politique active dans la région. Elle la surveille afin que de nouveaux Srebrenica ou Sarajevo ne surviennent pas, notamment en déployant des forces de police ou militaire en Bosnie ou en Macédoine. Elle exerce en même temps une attraction quasi-irrésistible de par la prospérité qu'elle a engendrée et les aides qu'elle dispense à ses états membres les plus pauvres et aux futurs adhérents (programme PHARE). A ces influences politiques, culturelles et économiques, il faut ajouter une influence monétaire non négligeable : la Slovénie a pris la voie de l'Euro, le Monténégro et le Kosovo utilisent eux aussi la monnaie européenne et plus la monnaie serbe. Si l'essentiel de l'action de l'UE relève du Soft Power, comme disent les américains (capacité à influencer sans contraindre, via des relais culturels, diplomatiques, universitaires...), la région (dont personne ne nie la vocation européenne) est également un véritable laboratoire pour la formation d'un Hard Power européen (capacité d'influence et de contrainte via la politique, le militaire l'économie...).