Limitation du temps de travail: Londres l'emporte
LUXEMBOURG (AP) - Deux conceptions de l'Europe sociale se sont affrontées jeudi à Luxembourg, où la Grande-Bretagne a réussi à conserver sa dérogation aux 48 heures maximum de travail hebdomadaire, au grand dam de la Commission et d'un bloc de pays emmenés par la France.
L'"opt-out" permet à certains pays d'autoriser les salariés volontaires à dépasser le plafond des 48 heures fixé par la directive de 1993, qui fait l'objet d'une bataille acharnée entre les Etats plus libéraux comme la Grande-Bretagne et les tenants du droit social comme la France.
Londres estime en effet que l'UE n'a pas à s'occuper de l'organisation et de la protection des salariés. Et pour M. Johnson, le soutien apporté notamment par l'Allemagne, la Pologne, l'Autriche, la Hongrie, Malte et Chypre, montre qu'en ces temps de mondialisation la Grande-Bretagne n'est plus isolée sur la question des aspects sociaux de l'intégration européenne. "Nous avons tous besoin d'être flexibles", a-t-il déclaré.
La Commission européenne, poussée par le Parlement européen qui veut supprimer l'opt-out, propose qu'après 2012 les dérogations soient conditionnées à un accord spécifique de l'UE, si le pays intéressé peut prouver que la limitation nuit à son industrie. Bruxelles proposait plus de flexibilité dans le calcul des 48 heures hebdomadaires, tout en incluant dans le temps de travail du personnel de santé ou des pompiers les heures de garde non travaillées, conformément à la jurisprudence de la Cour de justice européenne.
La question a désormais peu de chances de revenir sur le tapis avant 2006, puisque la Grande-Bretagne, qui prendra la présidence tournante de l'UE au 1er juillet, décidera de l'agenda européen des six prochains mois et s'attachera probablement plutôt à des initiatives libérales.
Cela ne fait pas l'affaire de la France qui, avec ses 35 heures hebdomadaires, cherche à éviter le dumping (moins-disant) social auquel se livrent certains pays en s'affranchissant de la durée du temps de travail. Le dossier du temps de travail a d'ailleurs interféré dans la campagne pour le référendum du 29 mai en France, où le "non" a été alimenté par les craintes de dérégulation. Paris était soutenu par les gouvernements de Belgique, Suède, Espagne, Grèce, Finlande, Lituanie et Hongrie, mais cela n'a pas suffi. AP